A l’occasion de la sortie de son livre "La Team, le jour où j'ai quitté mon Comex pour une startup", Bénédicte Tilloy nous accorde un entretien dans lequel elle revient sur « reboot professionnel », mais aussi sur la compétence d'apprendre à apprendre ou encore sur l'entreprise intergénérationnelle. Rencontre.

Bénédicte Tilloy : "J'ai toujours aimé être là où on ne m'attend pas !"

benedicte_tilloyAncienne DRH et dirigeante à la SNCF, Bénédicte Tilloy est aujourd’hui la fondatrice de l’agence 10h32 et met son expertise au service des dirigeants. Entre-temps, elle a vécu pendant deux ans au rythme d’une startup, faisant un grand écart – osé et inattendu – entre grande entreprise et petite structure. Une période de sa vie qu’elle raconte avec peps dans “La Team, le jour où j’ai quitté mon Comex pour une startup” aux éditions Dunod (sorti en février 2021).


📖 Voir Glossaire : Management intergénérationnel

Comment passe-t-on de chroniques publiées sur LinkedIn pour raconter son aventure professionnelle au sein d’une startup à la publication d’un livre ?

Bénédicte Tilloy : En effet, j’ai commencé par poster toutes les semaines sur Linkedin une petite histoire illustrée sur mon “reboot” professionnel. A la fin de la première saison [la première année dans son nouveau job, ndlr], Dunod m’a contactée directement. L’équipe aimait le concept et m’a demandé si je souhaitais continuer. Je venais de commencer la deuxième Saison et je leur en ai réservé l’exclusivité. L’éditrice qui a repéré l’histoire et qui a soutenu le projet de livre devant son comité de lecture m’a suggéré une troisième partie : au-delà des anecdotes, quels enseignements tirer de cette aventure ? L’idée était que ça puisse parler à tout le monde : les startups, les dirigeants, les DRH et tous ceux que la relation au travail interroge.

J’avais aussi envie d’envoyer un message à ma génération. Certains signaux pourraient laisser croire qu’à partir d’un certain âge, il faudrait se ranger des voitures. J’ai aimé raconter qu’on a toujours de la valeur ajoutée où qu’on aille.

Comment s’est passée votre transition entre une très grande entreprise, la SNCF, et une petite startup ? Quel a été votre cheminement ?

Bénédicte Tilloy : C’est un chemin plus long qu’il n’y paraît, avec d’abord des questionnements et ensuite des opportunités qui se présentent.

Cela faisait quelques années que j'appréhendais de ne plus avoir le choix de mon futur poste, et se faisant, de perdre mon enthousiasme. Or, quand on manque d’enthousiasme, on n’est pas très bon dans ce que l’on fait. Un remaniement de Comex m’a donné l’occasion de sauter le pas. Plutôt que de prendre à contre cœur de nouvelles responsabilités, j’ai décidé de m’en aller. Mais quitte à partir, je voulais en profiter pour faire quelque chose d’original, quitte à être radicale!

J’ai d’abord proposé mes services au chercheur François Taddei qui préparait alors un rapport sur la société apprenante pour le compte de la ministre de l’Education Nationale, j’ai suivi une formation à la Singularity University en Californie mais surtout, j’ai rencontré les fondateurs d’une startup qui m’ont proposés de les rejoindre. Je les en remercie parce que c’est grâce à eux que j’ai pu vivre cette expérience et partager le quotidien de La Team.

Pour faire court, j’ai vu cette période qui s’offrait à moi comme une chance : j'allais pouvoir décider des premiers jours du reste de ma vie.

 

Teasing

Bénédicte Tilloy est dans La Box à Questions de Grand Angle


Qu’est-ce qui vous fascinait chez les startups ? Et continue de vous fasciner aujourd’hui ?

Bénédicte Tilloy : Comme beaucoup de dirigeants, j’étais fascinée par leur énergie, le fait qu’on pouvait agir rapidement, faire des choses concrètes, et ne pas se laisser engluer dans l’inertie des grandes organisations.

L’autre fantasme, c’était sans doute de me dire qu’en travaillant avec des personnes plus jeunes que moi, ça allait me rendre plus jeune quelque part [rires]. Plus largement, j’ai toujours aimé être là où on ne m’attend pas.


Quelles ont été les réactions des membres de votre ancien Comex ?

Bénédicte Tilloy : Les personnes qui auraient pu trouver la démarche ridicule ne sont pas venus me le dire, j’ai donc surtout eu des feedbacks positifs. On m’a dit que c’était drôle, motivant, mais aussi que çà correspondait bien à mon côté “perché”.

J’ai senti que ça suscitait chez certains l’envie de faire la même chose. J’en suis assez contente. Le fait d’aller planter ma tente loin de mes bases, c’était un vrai défi. Montrer à mes anciens collègues que même en venant d’un univers aussi différent, on était capable d’apprendre, c’était envoyer à tous des signes positifs sur leur employabilité.

Est-ce qu’on vous a dit que c’était courageux ? Et trouvez-vous que ça l’était vraiment ?

Bénédicte Tilloy : Oui, on m’a parfois dit que c’était courageux. Est-ce que ça l’était vraiment ? Oui et non. Le passage à l’acte peut être courageux, mais vous savez, parfois le coup de pied au derrière aide à ce que le courage passe tout seul. Plus sérieusement, il faut savoir quel est son moteur. Le mien, c’est l’envie d’apprendre. Et je sais que j’ai besoin de m’immerger complètement dans un univers pour être capable de l’apprendre. Le plaisir d’apprendre, ça a largement compensé le deuil d’une rémunération, d’un statut social. Assimiler autant de choses dans un délai aussi court, faire des choses dont on je me croyais incapable, ça m’a fait vraiment du bien.

 

Comment s’est passée votre rencontre avec les Millennials ? Quel était votre point de vue sur l’entreprise intergénérationnelle ? Est-ce que ça vous a convaincu que ça devait devenir une réalité ?

Bénédicte Tilloy : Ce n’était pas si intergénérationnel que ça puisque dans cet univers je devais être une des seules seniors, à part un président du CAC40 en retraite qui est resté très peu de temps. Aujourd’hui, seuls 2,5 % des salariés de startup ont plus de 55 ans.

La startup n’est pas intergénérationnelle. C’est le négatif - au sens de la photo - du grand groupe. Il y a quelques années, j’ai assisté à l’arrivée des Millennials dans l’entreprise, avec tous les préjugés qu’on pouvait avoir vis-à-vis d’eux. En arrivant dans La Team, je pense qu’il y a dû y avoir aussi le même type de préjugés et arrières-pensées vis-à-vis de moi.

Je me suis donnée du mal pour faire la peau à ces idées préconçues. Je le raconte dans le livre, il a fallu que j’en fasse des tonnes pour montrer que je n’étais pas une princesse, quelqu’un qui voulait être traité avec déférence, mais que j’étais aussi prête à me coller à toutes les corvées.

Je crois à l'hybridation entre les générations, les méthodes de travail, les types de culture, et je l'appelle de mes voeux.


Si vous deviez tirer un enseignement de cette aventure ?

Bénédicte Tilloy : Il y en a évidemment beaucoup mais si je dois en choisir un, c’est bien que tout reste possible quand on a envie d’apprendre. Il n’y a pas besoin de courage lorsqu’il y a du plaisir. Le plaisir d'apprendre est un moteur puissant. La difficulté dans le monde professionnel, c’est qu’il y a beaucoup de gens cassés ou abîmés, qui n'en ont plus envie ! Réveiller l’envie et le plaisir d’apprendre est un vrai enjeu politique.

Je suis très supportrice d’une idée de François Taddei qui explique qu’à l’instar de La fête de la musique, nous devrions célébrer tous les ans la fête de l’Apprendre. Ce serait aussi une fête de la transmission. On a tous des choses à transmettre.

 

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