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En juillet 2020, Justine Vilgrain accorde une interview au média Konbini dans lequel elle revient sur la création de son logo Certified Dyslexic. Son témoignage devient viral et pose la question du handicap invisible dans notre société en général et dans les entreprises en particulier. La jeune cheffe d’entreprise a accepté de répondre aux questions du blog de la digitalisation RH de PeopleDoc. Au programme : diversité et inclusion à tous les étages !

Diversité et inclusion : fonction RH et handicap invisible

justine-vilgrain

En 2018, Justine Vilgrain co-fonde Braw Haus, une entreprise de création basée à New York et Paris. En tant que Creative producer, elle réalise avec son associée de la production audiovisuelle, de la publicité expérimentale, de l’art digital… Elle mène également des projets sociaux et environnementaux. En 2020, elle crée le buzz suite à une interview accordée à Konbini dans lequel elle retrace l’histoire de son logo Certified Dyslexic.

 

80 % des handicaps sont invisibles, rapporte l'association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (LADAPT). Mais de quoi parle-t-on ? Par définition, le handicap invisible est un handicap qui n'est pas apparent. On distingue différents types de handicap : moteur, psychique, invalidant (diabète, allergies...), sensoriel, mais aussi les troubles musculo-squelettiques ou encore les troubles Dys (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, dysgraphie, dyscalculie et dysphasie).

Comment la fonction RH peut-elle accompagner les collaborateurs concernés ? D'autant que dans certains cas, ces handicaps peuvent être difficiles à identifier. Et ajoutons que par crainte de subir des discriminations, des collaborateurs cachent leur situation.

Justine Vilgrain a créé un logo, Certified Dyslexic, pour favoriser la diversité et l'inclusion des dyslexiques. Elle revient pour le blog de la digitalisation RH de PeopleDoc sur les obstacles rencontrés et la nécessité de mettre des mots sur des maux.

📖 Voir Glossaire : Diversité et Inclusion

 

92 % des DRH considèrent qu'une mauvaise orthographe nuit à l'image de l'entreprise. Pour 52 % d'entre eux, c'est même un critère de sélection dans le cadre du recrutement, d'après un sondage mené en 2019 par OpinionWay pour Mon coach Bescherelle. Quand vous entendez qu'un DRH sur deux ne retient pas une candidature à cause de l'orthographe, comment réagissez-vous ? 

Justine Vilgrain : Je peux tout à fait comprendre qu’un DRH qui consulte une candidature bourrée de fautes d’orthographe ne retienne pas le profil : pour lui et le monde en général, ce n’est pas normal d’écrire comme ça. Un candidat ne devrait pas cacher sa dyslexie ou en avoir honte, il devrait plutôt expliquer la situation. En déposant sa candidature, il peut proposer d’emblée des solutions. Le logo Certified Dyslexic en est une. En l’ajoutant dans sa signature, il informe ses interlocuteurs et facilite la communication avec ses collègues, les prestataires et les clients de l’entreprise.

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Depuis que j’ai créé ce logo il y a un an, je l’ai intégré dans ma signature email et il fait partie de mon quotidien. Pour moi, ça a été très simple de l’adopter, car j’ai ma propre entreprise. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas aussi facile pour tout le monde. Lorsque j’ai commencé à partager le logo avec des dyslexiques sur des réseaux sociaux, les gens me disaient que c’était une bonne idée mais que leurs employeurs ne les laisseraient jamais l’utiliser dans leur signature. L’argument principal étant que ça pourrait créer de la confusion avec le logo de l’entreprise. Pour éviter ça, j’ai pensé qu’il fallait médiatiser le projet pour accélérer son acceptation et son intégration, notamment dans les entreprises.

 

Pour résumer, le candidat doit s'identifier comme dyslexique, vulgariser le propos dans son environnement professionnel et trouver lui-même des solutions pour être accepté. C'est énergivore !

J. V. : Sans compter que même sans effectuer ces démarches-là, nous, les dyslexiques, devons travailler plus que les autres. C’est une base. A 16 ans, je me suis demandé pourquoi je devais fournir des efforts constants pour écrire ? Et pourquoi je ne bénéficiais pas de cette réciprocité : je voulais aussi que les autres fassent des efforts pour me lire. C’est à ce moment-là que j’ai expliqué à mes parents que je mettais fin à dix ans de séances chez l’orthophoniste. Il faut que le regard sur la dyslexie change et sur la diversité de manière générale. Je suis convaincue que c’est à l’école que tout commence et que c’est là qu’il faut agir.

 

En plus de votre logo, avez-vous des recommandations à l'attention des entreprises pour qu'elles intègrent mieux les dyslexiques : logiciels ? Applications ? Etc.

J. V. : Les entreprises peuvent investir dans des logiciels comme Grammarly qui permettent de corriger les fautes. Mais, de mon point de vue, il ne faut pas mettre tous les dyslexiques dans le même panier et leur proposer à tous le même package d’outils. C’est du cas par cas, un accompagnement personnalisé. L’entreprise peut discuter avec son employé et lui demander : « Que veux-tu que la compagnie fasse pour toi ? »

Lire également la tribune de Rémi Malenfant : De la diversité à l'inclusion : misez sur l'accessibilité


Les discours sur la diversité et l'inclusion en entreprise commenceraient-ils tout de même à porter leurs fruits ? Ces dernières années, des articles publiés notamment dans la presse spécialisée RH et BtoB posent un autre regard sur la dyslexie. Elle est toujours associée aux troubles cognitifs, mais aussi aux mots "talents", "génie", "don", "créativité", etc. Est-ce la revanche des Dys ?

J. V. : Depuis toute petite, je me rends compte que j’ai un esprit différent de ma famille, de mon entourage, etc. J’ai toujours eu une certaine logique, connectant facilement des éléments entre eux. C’est comme ça que j’ai commencé à faire des installations d’art. A l’école en France, je n’avais pas de bonnes notes et j’étais frustrée. Durant ma scolarité en Angleterre, j’ai été baignée dans un univers artistique où j’ai pu m’épanouir et me rendre compte que j’avais un talent. Je n’avais pas besoin de notes, mais d’un environnement où je pouvais exprimer ma créativité.

En faisant des recherches plus approfondies sur les dyslexiques, j’ai découvert qu’on avait des points forts en entrepreneuriat, architecture, ingénierie et dans les arts. Je suis devenue entrepreneuse et artiste. Il faut orienter les dyslexiques vers ce pour quoi ils sont doués. Autrement, on restera dans les schémas habituels : phobie scolaire, échec, occuper des emplois qui ne matchent ni avec nos compétences, ni nos envies.

 

Est-ce que cette exigence en matière d'orthographe est un "mal" franco-français ?

J’ai fait une partie de ma scolarité en Angleterre et je suis allée à l’université aux Etats-Unis, à New York où je vis encore. La langue anglaise est quand même plus simple à différents niveaux comme pour la conjugaison et ça enlève clairement une barrière à l’apprentissage. Mais ça ne fait pas tout. A la fac, j’étais considérée comme handicapée. Une note était envoyée à l’ensemble de mes professeurs avant chaque semestre. On pouvait y indiquer ou non la nature de son handicap, j’ai fait le choix de le dire. Il y avait aussi une liste des choses dont j’aurais potentiellement besoin. A aucun moment on m’a dit que j’étais nulle et qu’il fallait que je bouquine le Bescherelle. On m’a plutôt montré mes erreurs récurrentes et on m’a accompagnée pour m’aider à m’améliorer. En France, on juge beaucoup et la nouveauté prend plus de temps à être acceptée.

Depuis votre interview accordée à Konbini, êtes-vous sollicitée par des entreprises pour du conseil en matière de diversité et d'inclusion ou pour intervenir lors de conférences sur le sujet ?

J. V. : J’ai reçu des témoignages touchants de partout : des jeunes qui se sont identifiés, des plus âgés qui ont révélé à leurs proches leur dyslexie, etc. Puis des associations, des mairies, des DRH aussi m’ont contactée pour savoir comment le logo pouvait être implémenté dans leurs organisations. J’ai donc discuté avec des personnes qui ne sont pas forcément dyslexiques, mais qui sont intéressées parce qu’elles veulent que les candidats sachent qu’ils peuvent postuler dans leurs entreprises.

 

Depuis l’interview, on me perçoit un peu comme l’ambassadrice des dyslexiques. Ça a pris une ampleur que je n’avais pas mesurée. A la base, j’ai fait tout ça parce que j’en avais marre de demander à mon associée de vérifier et corriger mes emails. J’en avais assez de ne pas être indépendante et autonome. Les personnes qui recevaient mes emails m’ont dit qu’elles avaient un frère, un cousin, un ami dyslexique et que c’était une bonne initiative. Je me suis dit que ça pourrait aider d’autres personnes que moi.

Justine Vilgrain a étendu son offre de logos téléchargeables gratuitement. En effet, elle s’adresse désormais à l’ensemble de la communauté Dys, à savoir les dyslexiques bien entendu, mais aussi les personnes atteintes de dysphasie, dysorthographie, dyspraxie… Pour faire avancer son projet, elle a contacté le Président Emmanuel Macron, mais aussi son ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Affaire à suivre…

 

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